Un million et demi d’enfants partent cet été en camp de vacances. Et pourtant, la colo ne fait plus recette. À la recherche d’un second souffle, les organisateurs peinent à rassurer les parents.
Seulement un enfant sur dix part l’été en camp de vacances. Bien que désireux de rendre leurs petits plus autonomes, les parents sont réticents à s’en séparer pour une longue durée. Conséquence des récents accidents et autres affaires mais pas seulement. (…)
Tel est le paradoxe : alors que plus d’un million et demi d’enfants partent chaque été en "colo" et en reviennent ravis (75 % des jeunes souhaitent y retourner, selon une étude menée par l’association Temps jeune), les parents, peu rassurés par les échos médiatiques qui leur parviennent s’en détournent. Depuis les années soixante-dix, l’apogée des " jolies colonies de vacances " à
Dommage, car il y a loin de cette image à
Cette défiance est d’autant plus paradoxale que les camps de vacances n’ont jamais été aussi sûrs. Le nombre d’accidents est proportionnellement bien moindre que le nombre d’accidents qui surviennent en famille durant les vacances. Un bilan qui découle d’une législation draconienne : empilage impressionnant de textes, celle-ci s’appuie sur deux principaux décrets de 1960 et 1975, complétés depuis par six arrêtés (portant sur les conditions sanitaires, le contrôle, la sécurité, les ados ou le scoutisme), des circulaires sur l’encadrement et la pratique sportive, des textes généraux en matière d’hygiène, de sécurité alimentaire et de transport et deux conventions collectives nationales... " Chaque fois, qu’il y a eu un problème, on a pondu un texte, note Jacques Henrard, secrétaire général de l’association Jeunesse au plein air, qui rassemble 34 organisateurs. Si bien qu’aucun pays européen n’a une législation aussi sécuritaire que la nôtre. "
Au point que, sans remettre la législation en cause sur le fond, les organisateurs regrettent parfois que les camps de vacances en perdent de leur spontanéité. " Ce qu’on peut faire en famille, avec les gamins, devient impossible : construire des cabanes dans les arbres, pique-niquer ou partir à l’aventure et bivouaquer, par exemple. Parce qu’il faudrait un animateur diplômé d’escalade, se trimballer avec des glacières et réserver une place au camping. Ça perd un peu de son charme ", explique Jean-Michel Laque, responsable à Temps jeune et directeur de camp, qui se balade toujours avec une caisse contenant toute
Sans aller jusque-là, cette surenchère de diplômes dans un but sécuritaire pose deux vrais problèmes : d’une part, comme le souligne Jean-Michel Laque, " nous avons parfois du mal à recruter des diplômés parce qu’ils gagnent très bien leur vie en encadrant des activités grand public ", d’autre part, le recours à ces spécialistes alourdit singulièrement la note présentée aux parents. " Entre un séjour traditionnel et un autre pour lequel nous devrons faire appel à un prestataire, il y a facilement une différence de 100 francs par jour ", note Angèle Zangari, responsable nationale de l’UFCV (Union française des centres de vacances et de loisirs). Le calcul est similaire pour tous les organisateurs, même les scouts. " Un camp de trois semaines peut passer de 2 700 francs à 4 000 francs s’il comporte des activités à risques ", confirme David Lopez, responsable national des Éclaireurs et éclaireuses de France. " Si nous ne travaillions pas avec les jeunes toute l’année, nous aurions probablement connu un tassement important du nombre des participants à nos camps, comme beaucoup d’autres organisateurs. "
Le prix, c’est là que le bât blesse. " Toutes nos enquêtes le montrent, l’argument financier est le problème numéro 1 dans l’accessibilité des centres de vacances, et si nous ne le résolvons pas, cette sélection par l’argent va s’accentuer ", déplore Jacques Henrard. Selon l’enquête Temps jeune, 12 % des parents affirment ne pas proposer de colos à leurs enfants en raison de leur coût, argument avancé le plus souvent par les employés et les ouvriers. Ces chiffres sont confirmés par le CREDOC, dans son enquête sur les vacances des cinq - dix-huit ans, qui révèle que seulement la moitié des enfants dont les parents déclarent un revenu mensuel inférieur à 6 000 francs est partie en vacances en 1998. Les familles qui bénéficient d’aides financières ont tendance à privilégier les centres d’accueil de proximité. La politique de la Caisse d’allocation familiale n’est pas étrangère à ce choix : entre 1992 et 1998, note le Conseil économique et social, le budget consacré aux vacances est passé de 1 milliard de francs à 807 millions, alors que l’aide aux loisirs augmentait de 75 % et les aides au développement des centres aérés de 32,6 %. " Entre les familles aisées et les familles aidées, la classe moyenne se retrouve la plus désavantagée pour offrir des vacances à ses enfants ", note Angèle Zangari.
" Nous attendons qu’il y ait une vraie volonté politique de permettre au tiers des gamins qui ne partent pas en vacances de pouvoir le faire, reprend Jacques Henrard. Que ce soit une priorité et qu’on y mette les moyens. " Pour l’année 2000, le gouvernement a mis en place un plan de 37,2 millions de francs pour la remise aux normes des locaux, à partager entre Jeunesse et Sports et Tourisme. Il devrait être renforcé dans les années à venir. Mais avec 0,2 % du budget de l’État, le ministère de Marie-George Buffet reste l’un des plus mal servis de
Isabelle Duriez
" L’accueil des jeunes dans les centres de vacances et de loisirs ", avis présenté par Dominique Forette. 28 juin 2000. Conseil économique et social.
Article paru dans l’Humanité le 05/08/2000

